Les étapes « essentielles » du programme de CSRM

Les paragraphes suivants offrent un aperçu des étapes concernant la mise en place d’un programme de CSRM pour une seule colonie.

Avant tout : Renseignez- vous!

Avant d’essayer de gérer une colonie de chats, vous devez en apprendre le plus possible sur le programme de CSRM. Le but n’est pas seulement de prendre soin des animaux, mais aussi de les défendre. Pour cela, vous devez maîtriser le sujet. Vous pouvez obtenir de plus amples informations en suivant la formation dispensée par la fondatrice de SOS Félins.

1- Développer de bonnes relations avec la communauté

Les chats occupent des territoires où les humains vivent et travaillent. Les citoyens ont souvent un lien particulier avec ces chats. Bien des gens les aiment et leur apportent nourriture et soins. D’autres les considèrent comme une nuisance et veulent les chasser.

Quelles que soient les attitudes prédominantes, il faut les considérer afin de garantir le succès d’un projet de CSRM. Renseignez votre voisinage sur les avantages du programme de CSRM (stopper la naissance des chatons, le bruit, et les odeurs!!) et obtenez leur appui afin d’assurer la sécurité de la colonie à long terme.  Afin d’évaluer la perception du voisinage, promenez-vous simplement et engagez la conversation avec les citoyens, plus particulièrement avec ceux qui semblent passer beaucoup de temps à l’extérieur. Essayez de savoir combien de chats ils voient, qui les nourrit, quels territoires ils occupent plus particulièrement, depuis quand ils s’y trouvent, si une action a déjà été entreprise pour leur venir en aide, etc. Vous pourrez ainsi voir s’il y a d’autres chats que ceux de votre colonie. Notez les noms et les numéros de téléphone des gens qui nourrissent les chats dans votre secteur – précaution qui peut s’avérer être utile si vous partez en vacances par exemple.

Souvent, les gens mentionnent qu’il y a un « problème de chats » dans leur secteur et que la situation a atteint un seuil critique. Comme la plupart des gens ne savent pas que le problème peut être résolu, ils développent un sentiment d’hostilité envers les chats et leurs gardiens. Lorsque vous ferez face à de telles attitudes hostiles, ne provoquez pas de confrontation ou de dispute mais plutôt, montrez-vous compréhensif.  Expliquez calmement comment le programme de CSRM peut résoudre le problème, que le fait qu’essayer de chasser ou capturer tous les chats ne résoudra en rien la situation à long terme. Les gens sont en général réceptifs à une méthode qui est éthique et qui permet aux chats de continuer  à vivre dans leur environnement, une fois le problème « hormonal » éliminé.

Si une personne nourrit des chats mais ne semble pas d’accord avec le projet de CSRM, vous devez essayer de la convaincre, en lui démontrant qu’un trop grand nombre de chats communautaires sont en liberté et qu’il est impossible de tous les faire adopter. Malheureusement, parfois les gens doivent apprendre à leurs dépens que la capture et le retrait ne fonctionnent pas!  Après quelques tentatives et beaucoup d’argent dépensé, ils seront peut-être plus réceptifs au projet de CSRM.

2- Installer des abris et des postes d’alimentation

Il faut commencer à gérer la colonie bien avant la capture et la stérilisation! Vous devez installer une station d’alimentation et  établir un horaire régulier pour le dépôt de la nourriture. Vous entraînez ainsi les chats à se présenter à un moment précis et à un endroit précis. L’importance de cette stratégie est de vous indiquer à quel moment il faudra les capturer. Vous pourrez alors stopper le dépôt de nourriture pendant 24-48 heures, afin que les chats viennent  à vous, plutôt que de leur courir après! Auparavant, vous aurez fait le décompte des chats que comporte la colonie, ce qui est primordial pour organiser efficacement la stérilisation et disposer d’un nombre suffisant de cages-trappes. L’alimentation régulière vous renseignera sur la présence de chatons, d’adultes affectueux ou encore de chats malades. Si c’est le cas, l’organisme doit prendre les dispositions qui s’imposent, soit trouver un refuge ou encore des familles d’accueil pour accueillir les chatons et les chats sociaux.

Pendant cette étape, servez une nourriture de très bonne qualité afin de renforcer leur système immunitaire. Ceci leur permettra de mieux résister au stress de la chirurgie et de la captivité. Deux semaines de bonne nutrition permettra de soigner de nombreuses infections félines communes, comme les infections des voies respiratoires supérieures ou la teigne.

L’abri est également important pour la santé. Pendant l’hiver, les chats ont besoin de chaleur et d’un endroit sec où dormir. Vous trouverez, sur notre site internet, une page  sur « Les abris d’hiver pour chats » qui pourra  vous aider dans la construction d’abris hivernaux. Vous trouverez aussi d’autres d’idées sur les sites de Alley Cat Allies et de Neighborhood Cats.

Les stations d’alimentation que vous utiliserez dépendront de l’accès que vous avez sur le lieu. Si possible, installez des bols pour l’eau et la nourriture dans une boîte en bois complètement ouverte d’un côté afin qu’un chat ne puisse pas empêcher les autres d’entrer (voir la page  Construire une station d’alimentation). Essayez d’installer la station et les abris dans un endroit non-visible des passants, mais qui vous est accessible. Si vous ne pouvez pas installer une boîte, disposez alors des assiettes et des bols d’eau à un endroit où les passants ne risquent  pas d’aller.  C’est le mieux que vous puissiez faire… Quel que soit l’endroit que vous choisirez, il vous faudra bien le nettoyer afin de ne pas attirer les insectes et les rongeurs.

3-: Sécuriser un espace d’attente

Capturer une colonie requiert au moins deux jours voire plus, si sa taille est importante. Pendant la période de capture et jusqu’à 48 heures après la chirurgie, vous aurez besoin d’un espace d’attente pour y déposer les cages-trappes contenant les chats capturés. Les cages-trappes servent aussi de cages de récupération.  Les chats ne sortent pas des cages-trappes – sauf pendant la chirurgie – et ce, jusqu’à leur retour sur leur lieu de leur capture (voir Etape 6 : Prendre soin des chats dans les cages-trappes).

L’espace d’attente doit être suffisamment vaste pour contenir autant de cages-trappes que de chats capturés. Il sera pourvu de l’espace requis pour permettre aux gardiens de se déplacer pour nourrir les chats et nettoyer les cages. L’espace doit aussi être sécuritaire et tempéré (climatisé/chauffé). Un garage, un sous-sol, une pièce vacante dans votre maison ou même un cabanon, si le temps est doux, constituent tous des endroits convenables. Installer les cages sur des tables facilite grandement la pratique des soins – vous n’aurez  ainsi pas à vous mettre à quatre pattes sur le sol! Auparavant, vous aurez installé des toiles en vinyle sur le sol ou sur les tables, sous les cages-trappes. Vous pouvez aussi ajouter, sur le vinyle, 2 à 3 couches de papier journal pour absorber l’urine. L’espace d’attente finira inévitablement par sentir mauvais, mais le vinyle retiendra tous les détritus qui tombent des pièges et facilitera le nettoyage. Lorsque les chats seront chez le vétérinaire pour leur stérilisation, profitez-en pour changer le vinyle et ajouter quelques couches de papier journal.

4- Préparer la stérilisation

À cette étape, vous  êtes bien renseigné sur le programme;  vous avez suivi une formation puis vous avez informé votre voisinage sur le fonctionnement du programme de CSRM et sur ses avantages. Vous avez installé une station d’alimentation et des abris pour la colonie, puis instauré une routine alimentaire. Vous savez combien de chats vivent à cet endroit et s’il y a des chatons ou des chats malades qui demandent une attention particulière.  Vous avez également sécurisé un espace d’attente pour le projet.

Maintenant vous pouvez définir une date pour la stérilisation des chats! Dans le cadre du projet SOS Félins, un bénévole désigné s’occupe d’effectuer la réservation dans une clinique vétérinaire participante avec laquelle un protocole d’entente est convenu. L’idéal est de faire appel à un vétérinaire ou à une clinique qui a l’habitude de stériliser les chats communautaires. Le protocole vétérinaire pour les chats communautaires consiste à stériliser et entailler l’oreille gauche  (voir la page « La taille de l’oreille – protocole vétérinaire »  dans l’onglet suivant de cette même section). Le fait d’entailler l’oreille, c’est-à-dire de couper à l’horizontale un peu moins d’un centimètre (1 cm) du bout de l’oreille gauche, permet d’identifier rapidement les chats communautaires stérilisés après leur retour sur le lieu de capture. D’autres méthodes, comme les photos ou les tatouages, se sont avérées peu fiables. Tester les animaux pour les infections FIV/FeLV ne fait pas partie de la procédure standard. Ces tests augmentent considérablement les frais vétérinaires et des études ont démontré que l’incidence de ces maladies sur la population des chats communautaires n’est pas plus importante que chez  la population domestique (1 à 2 % de FIV ; 2 à 4 % de FeLV). Si votre objectif est de prévenir la propagation de la maladie, il vaut mieux dépenser l’argent pour la stérilisation plutôt que pour les tests. Bien sûr, si un chat sociable est retiré de la colonie et mis en adoption, le test devient obligatoire.

5-  Capturer

SOS Félins a mis en ligne une page de conseils afin de capturer les chats communautaires (Capture ciblée). Alley Cat Allies possède également une excellente fiche de renseignements en anglais intitulée « Humane Trapping Instructions for Feral Cats ». Vous trouverez cette fiche sur leur site Internet ou sur la page Info du site Neighborhood Cats (voir « Trapping – the Basics »). Normalement, les cages-trappes doivent mesurer 90 cm de long et comporter deux portes latérales. Le chat doit entrer dans la cage-trappe pour atteindre l’appât installé au fond. Lorsque le chat marche sur une plaque, la porte du piège se referme derrière lui. À ce moment-là, si le chat panique, recouvrez le piège avec un drap pour le calmer.

L’élément qui aide le plus  pour réussir à capturer les chats est l’appel de leur estomac!  Il faut éviter de leur donner à manger pendant au moins 24 heures avant le moment prévu pour la capture. Il est mieux d’essayer de capturer toute la colonie d’un seul coup. Vous remarquerez cependant qu’il y a toujours un chat ou deux qui font le tour des pièges sans y entrer. Ils peuvent passer plusieurs jours sans manger avant de se faire capturer. Toutefois, ne lâchez pas! Il est plus facile de capturer ces chats quand tous les autres sont capturés que de tenter de capturer des chats non-stérilisés quand les autres chats de la colonie sont de retour sur le site après leur stérilisation. La capture ciblée est plus exigeante à court terme, mais elle demande moins de travail à long terme.

En stérilisant tous les chats de la colonie, vous contrôlez immédiatement la croissance de la population et les comportements hormonaux considérés comme des nuisances. Prévoyez aussi plus de pièges que le nombre de chats à capturer. Ainsi, lorsqu’il ne vous reste plus qu’un ou deux chats à capturer, installez plusieurs pièges sur le territoire afin de rendre la capture plus facile. Lorsque la capture débute, ne vous empressez pas de retirer le piège sur le site, à moins qu’un  chat ne soit en panique et risque de se blesser. Chaque fois que vous pénétrez sur leur territoire, vous prenez le risque d’effrayer un chat qui ne reviendra pas de sitôt! Si vous retirez un piège après une capture, prenez soin d’en installer un autre au même endroit. Souvent et pour d’étranges raisons, certains endroits sont plus propices à la capture.

Avez-vous remarqué ? La capture se fait à la fin du processus et non au départ!  Pensez d’abord, planifiez les choses et finalement : capturez!… Ce modus vivendi vous évitera bien des ennuis!  

6-: Prendre soin des chats dans les cages-trappes

Ce processus est décrit en détail à la page « Prendre soin des chats dans les cages-trappes ». Vous pouvez également retrouver les directives en anglais dans la page Info du site Internet de Neighborhood Cats.

Les cages-trappes se transforment en cages pour chats. Il vous est alors possible de nourrir les chats et de nettoyer les cages en toute sécurité grâce à un outil tout simple appelé diviseur ou isolateur, ou tout simplement « fourchette ». L’outil ressemble à une petite fourche et passe à travers les barreaux, isolant ainsi les deux parties de la cage-trappe.

Les pièges doivent, en tout le temps, être recouverts par un léger drap en coton afin que les chats restent calmes. Les chats communautaires ont tendance à occuper la portion sombre de la cage. Par conséquent, pour que le chat se rende à l’autre extrémité de la cage, remettez le drap sur cette extrémité pour créer de la noirceur, et exposez à la lumière l’extrémité où il se trouve. Si cela ne fonctionne pas, un petit coup avec le diviseur de cage glissé entre les barreaux devrait vous aider.

Les gens pensent parfois qu’il est cruel de laisser un chat enfermé dans un piège pendant plusieurs jours. En fait, les chats communautaires en captivité préfèrent les espaces étroits et sombres aux grands espaces ouverts. Ils s’y sentent plus en sécurité. Un chat communautaire placé dans une grande cage aura tendance à s’installer dans un coin. En autant  que vous nettoyiez régulièrement leur espace de vie, ces chats seront installés adéquatement  pour la durée de leur captivité.

Il est important que vous retiriez  l’eau et la nourriture la nuit précédant la chirurgie afin que le chat ait l’estomac vide, sinon, le chat risque de vomir pendant l’opération et de s’étouffer.

7-: Surveillance après le retour à l’habitat

S’il n’y a pas de complication après l’opération, vous devez relâcher les chats (24 hres pour un mâle / 48 heures pour une femelle) à l’endroit où vous les avez capturés. En effet, les chats communautaires sont très attachés à leur territoire et  les relocaliser sur un nouveau territoire est un processus très difficile qui exige au minimum trois semaines d’isolement  Si vous  relâchez un chat sur un nouveau territoire, il sera désorienté et n’aura plus de points de repères, d’où l’importance de le réintégrer là où vous l’avez capturé.

Une fois les chats stérilisés et retournés à leur habitat, le processus de CSRM n’est pas terminé. Vous avez accompli le travail le plus dur mais il est indispensable de surveiller la colonie à long terme. Si l’on ne surveille pas l’arrivée de nouveaux chats dans la colonie, alors tôt ou tard un couple de chats abandonnés reprendra le cycle de reproduction. Pour éviter cela, les nouveaux arrivants doivent être rapidement identifiés, capturés et stérilisés, puis mis en adoption ou retournés à l’habitat. Il est aussi possible qu’une chatte ait échappé à la capture et mette bas, alors dans ce cas, on doit retirer les chatons avant qu’ils aient atteint l’âge de cinq semaines pour qu’ils soient facilement socialisés. La surveillance continue de la colonie est également importante car les conditions changent avec le temps. De nouveaux voisins auront besoin d’être informés du programme, ils pourraient émettre des plaintes au sujet d’un aspect de la cohabitation avec les chats communautaires qui ne gênait pas les anciens locataires ou propriétaires. Il arrive aussi parfois qu’après avoir été stérilisé, un chat devienne très affectueux – trop affectueux pour pouvoir vivre dehors en toute sécurité. Par conséquent, alors que la capture et la stérilisation représentent la partie la plus intensive du processus de CSRM, ce n’est que le début et non la fin. Le gardien est investi de la responsabilité constante de la surveillance de la colonie.

À bien y penser : Le chat communautaire est le plus facile à placer. Il a déjà une demeure, le territoire qu’il occupe actuellement…

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